mardi, 09 août 2005

Lecture de voyage...

Train Pekin-Hanoi le 7 aout 2005

Envoi d'Hanoi le 9 aout 2005

Chers amis,

Permettez-nous de vous offrir a lire cet extrait du texte de Marguerite Duras Le ravissement de Lol V. Stein:


"J'aime a croire, comme je l'aime, que si Lol est silencieuse dans la vie c'est qu'elle a cru, l'espace d'un eclair, que ce mot pouvait exister. Faute de son existence, elle se tait. C'aurait ete un mot-absence, un mot-trou, creusé en son centre d'un trou, de ce trou ou tous les autres mots auraient été enterres. On n'aurait pas pu le dire mais on aurait pu le faire resonner. Immense, sans fin, un gong vide, il aurait retenu ceux qui voulaient partir, il les aurait convaincus de l'impossible, il les aurait assourdis a tout autre vocable que lui-meme, en une fois il les aurait nommes, eux, l'avenir et l'instant. Manquant, ce mot, il gache tous les autres, les contamine, c'est aussi le chien mort de la plage en plein midi, ce trou de chair. Comment ont-ils ete trouves les autres? Au décrochez-moi-ca de quelles aventures paralleles a celle de Lol V. Stein etouffees dans l'oeuf, pietinees et des massacres, oh! qu'il y en a, que d'inachevements sanglants le long des horizons, amoncelés, et parmi eux, ce mot, qui n'existe pas, pourtant est la: il vous attend au tournant du langage, il vous défie, il n'a jamais servi, de le soulever, de le faire surgir hors de son royaume perce de toutes parts a travers lequel s'ecoulent la mer, le sable, l'eternite du bal dans le cinema de Lol V. Stein."


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